Pour les Brésiliens Bruno Senna et Pipo Derani, la première édition des AT&T 6 Heures de Mexico est le déplacement du Championnat du Monde d'Endurance FIA (WEC) le plus proche de leur terre natale. Après leurs années d'apprentissage en Europe, cette occasion de courir tout près de leur pays est toujours un moment particulier.
S'il est un moment que partagent tous les pilotes venus d'Amérique du Sud, c'est bien le "choc des cultures" que constitue leur arrivée sur la scène européenne du sport automobile, après avoir dit au revoir aux amis, à la famille et à tout un mode de vie. Mais malgré les difficultés, l'attrait de l'ultime terrain de leur maturation est souvent incontournable.
Ainsi, à 16 ans, Pipo Derani a pris la décision de suivre les traces de ses glorieux aînés Emerson Fittipaldi, Nelson Piquet Sr et Ayrton Senna, en disputant à l'âge de seulement 18 ans le très réputé championnat britannique de Formule 3. En se repenchant sur cette période, le pilote Tequila Patron ESM évoque les énormes sacrifices qu'il a consentis pour devenir encore plus fort dans sa résolution et sa soif de succès.
"On abandonne tout : la famille, la nourriture, la météo, on se retrouve au Royaume-Uni... Et quand on habite en Europe, impossible de faire tout le temps des allers-retours," précise Pipo Derani, aujourd'hui âgé de 22 ans.
"Au final, c'est tout ce qui fait la différence. Quand on se retrouve tout seul pendant une longue période, il faut faire le nécessaire pour que ça marche et donner tout ce qu'on a. Je suis très heureux d'avoir eu l'opportunité de courir en Europe et je pense que c'est ce qui fait aujourd'hui de moi un meilleur pilote."
Lorsqu'il a débuté sa carrière en Formule BMW britannique en 2004, Bruno Senna n'avait jamais couru dans son pays natal. Avec une expérience de la compétition aussi limitée, à laquelle il a fallu ajouter l'éloignement géographique et l'attention médiatique ininterrompue liée à son patronyme, il lui a fallu se forger une solide carapace.

"Je n'ai jamais cru que ça allait être facile mais on ne réalise tout de même pas à quel point c'est dur," se souvient aujourd'hui le pilote brésilien, dont la toute première course en Grande-Bretagne a été suivie par la plus grosse chaîne de télévision de son pays. "Je suppose qu'avec l'âge et l'expérience, tout devient plus facile à vivre, mais au début, c'était difficile. Il faut juste y aller, et ne rien lâcher."
Aujourd'hui âgé de 32 ans, Bruno Senna reconnaît toutefois que cet apprentissage européen lui a donné un avantage sur nombre de ses compatriotes, débarqués en Europe après s'être fait une réputation au Brésil.
"J'ai vu beaucoup de pilotes qui ont fait de belles choses au Brésil et qui ont vraiment dû se battre tant le niveau est nettement plus élevé en Europe," poursuit Bruno Senna. "Si on est habitué à tout gagner et qu'on subit un tel choc en arrivant en Europe, on prend un sérieux coup au moral. Et j'ai vu pas mal d'entre eux faire les frais d'une telle expérience."
Le saison européenne WEC désormais achevée, Pipo Derani se réjouit de retrouver sa famille à Mexico sur l'Autodromo Hermanos Rodriguez, et de partager l'esprit de l'endurance avec un nouveau public.
"Comme on est très loin, les gens ne comprennent pas forcément à quel type de compétition je participe, alors ce sera très sympathique de leur faire découvrir cette culture de l'endurance," conclut le Brésilien. "Je vais recevoir la visite de quelques membres de ma famille. Certains d'entre eux n'ont pu faire le voyage jusqu'en Europe, mais Mexico est pour eux un peu plus près. Ce sera vraiment bien de leur montrer ce que je fais !"
James Newbold